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Le trône de cendre : Extrait n°2

Place de la république, Rennes, France, 17 heures GMT, 18 heures (heure locale).
 
Sur le large espace, une foule innombrable et opaque se meut, bloquant toute circulation sur des centaines de mètres à la ronde. Partout, des slogans hostiles au gouvernement retentissent, dénonçant çà et là le pouvoir de l’argent, la corruption des puissants ou les menaces du système sur les libertés individuelles.
 
Sous les grondements amplifiés par les bâtiments alentour en une monumentale caisse de résonnance, les forces de l’ordre se tiennent, impassibles. Leurs rangs serrés et les armures noires qu’elles revêtent leur donnent des allures de légions des ténèbres, semblant faire reculer jusqu’au soleil sous leur masse obscure.
 
Au cœur du tourment, Adrien, accompagné de ses deux amis, observe la scène avec un mélange de tension et d’admiration. Pour chasser la pression, il lance un morceau sur son lecteur audio.
 
Bob Dylan - The time they are A-Changin’.mp3
 
Alors, sur la surface de l’océan étudiant, des fusées de détresse resplendissent, réduisant les vastes lieux à une infernale arène de brouillard, bercée par la lumière rouge des fumigènes brandis bien haut. À l’ignition des torches suit l’embrasement des âmes et la fortune bat soudain le rappel des audacieux. Tel un seul homme, la juvénile marée court défoncer les lignes impeccables des gardes mobiles dans un épouvantable fracas. Les grenades lacrymogènes se mettent alors à pleuvoir, ajoutant à la colère du désespoir la fureur de la douleur.
 
Les pavés survolent ensuite le champ de bataille pour aller briser les vitres des véhicules antiémeutes stationnant en retrait. Ses positions submergées, vient ensuite la charge vengeresse des forces de l’ordre, les matraques tendues bien haut, se frayant un passage dans les manifestants à coups de boucliers, pour mieux frapper de leurs armes au plus grand des hasards… Au milieu des cris de terreurs, Walter, asphyxié et les yeux pleurant, est agrippé et tabassé par un garde mobile.
 
« Walter ! » hurla Adrien. « Lâchez-le ! Il n’a rien fait ! Arrêtez ! » Invectiva-t-il alors l’agent de la force publique qui le prit pour cible, avant que ses renforts ne s’emparassent de notre héros, se débattant face au spectacle de son ami à terre, le crâne ouvert, maculant de sang le sol de pavés gris. Contraint et forcé, il se laissa porter par les policiers, la bouche ruisselante d’hémoglobine...
 
Text Copyright © 2016 Aurélien GRALL
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