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Le trône de cendre : Extrait n°4

Hôtel Matignon, Paris, France, 6 heures GMT, 7 heures (heure locale).
 
Sous les ors de la République, devant un mur de fines boiseries soutenant une fenêtre aux voilages blancs, rehaussés par de monumentaux rideaux rouges, un écran est allumé.
Sur celui-ci, des images de flammes et de forces de l’ordre casquées, les boucliers en avant, le vent dispersant les fumées de lacrymogènes. Y apparaissent ensuite des personnages le visage masqué par des moyens de fortune, lançant des pierres sur les gardes mobiles et brisant des vitrines dans l’anarchie ambiante. 
 
« Une nouvelle nuit d’émeute vient de frapper la France. Partie de Rennes après la mort d’un étudiant lors d’une manifestation, la vague de contestation a désormais gagné les villes de Marseille, Lille, Strasbourg et Lyon. Les autorités ont répertorié une cinquantaine de véhicules incendiés, pour des dégâts estimés dans leur ensemble à plus de vingt millions d’euros. Le ministère de l’Intérieur craint une contagion des troubles à Paris. Face à ce risque, décision a été prise de déployer des renforts policiers exceptionnels. » 
 
Apparaît ensuite notre héros, face à un micro, le visage extirpé de la nuit ambiante par un puissant projecteur. 
 
— Adrien Gradlon, en tant que leader de ce mouvement, quel jugement portez-vous sur les violences de ces dernières nuits ?
— Nous condamnons évidemment toute violence dans ce mouvement que nous voulons pacifique. Ces actes déplorables sont le fait d’une minorité hors de contrôle, sans aucun rapport avec notre cause. Le gouvernement aurait mérité toute notre haine, comme il a déchaîné la sienne sur Walter, mais contrairement à lui, nous garderons notre calme.
— Comprenez-vous le fait que vous soyez tous habillés de pantalons treillis et de chemises noirs fasse peur à une certaine partie de la population ? Le ministre de l’Intérieur a d’ailleurs accusé votre mouvement de dérives paramilitaires. Que lui répondez-vous ?
— Cet uniforme est un signe de ralliement tous ceux partageant nos valeurs. Combien de crimes compte-t-on dans notre pays ? Combien de délinquants terrorisent les honnêtes gens dans les rues ? La situation était inacceptable et le laxisme des autorités nous a obligés à prendre les choses en main pour nous défendre. Le gouvernement ne supporte pas que de simples citoyens soient contraints de faire son travail, parce qu’il n’est pas capable de le faire.
— Parmi ces valeurs, le droit à l’autodéfense est-il un principe primordial pour vous ?
— Le droit de chacun à rester maître de sa sécurité, de protéger sa famille, sa maison, est une liberté inaliénable si évidente qu’il est inconcevable pour nous de ne pas la défendre de toutes nos forces. Mais que Monsieur le Ministre soit rassuré : nous assurons également la sécurité de ses policiers, lâcha Adrien, le sourire en coin. 
 
Puis l’écran s’éteignit pour dévoiler face à lui un luxueux bureau de merisier, rehaussé de dorures dans ses détails les plus sculptés. Debout devant lui, un homme en chemise blanche, cravate bleue et pantalon de costume gris, une télécommande dans la main. Sa chevelure argentée et frisée lui tombant sur la nuque, mise en perspective avec sa silhouette à la fois carrée et élancée, lui donnait des allures de roi de la jungle politique.
 
— Qui est donc ce guignol ? Pour qui se prend-t-il ? Convoquez-moi le ministre de l’Intérieur.
— Oui Monsieur le Premier Ministre, tint une obscure voix féminine à ses injonctions.
 
Quelques dizaines de secondes plus tard, la porte de son bureau se rouvrit et entra un homme en costume cravate ardoise.
 
De plus petite taille que le premier protagoniste, il arborait un âge d’une quarantaine d’années, ses cheveux bruns étant seulement parsemés de quelques rares notes poivre et sel. Sa carrure sportive faisait pressentir un grand dynamisme, tout comme son interlocuteur de fraîche date.
 
— Mais dites-moi mon bon Wells, vous volez ?
— Votre chef de cabinet a eu votre idée plus vite que vous.
— Comment m’expliquez-vous ce que je viens de voir ? Je vous avais demandé de faire de ces troubles une priorité ! changea-t-il subitement de ton.
— C’est ce qui a été fait, Monsieur le Premier Ministre.
— Ce n’est pas ce que je constate, Monsieur le Ministre. Si j’ai fait de vous le « premier flic de France », c’était pour votre détermination supposée. Et que vois-je ici ?! Vous n’êtes même pas foutu de faire taire de simples manifestations étudiantes ! Et maintenant le voici qui tient des meetings, et il remplit plus les salles que le parti !
— Pardonnez-moi ce manque de respect, Monsieur le Premier Ministre, mais atterrissez un peu ! Vous avez lu les rapports de la D.G.S.I.[1] ? Vous sous-estimez totalement la gravité des événements. Il ne s’agit pas que de simples troubles. Monsieur, nous sommes à deux doigts de la révolution !
 
Le silence se fit soudain une poignée de secondes, puis son interlocuteur lui répondit calmement.
 
— Alors à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Trouvez-moi ce Gradlon et faites ce que vous devez faire… lui ordonna-t-il, le regard fuyant.
— Sous-entendez-vous que vous me commanditez un assassinat ? Jamais je ne ferai tremper mon ministère dans vos magouilles ! Vous bafouez la République avec vos méthodes de crapule ! s’offusqua son interlocuteur.
— Si vous n’en n’êtes pas capable, Monsieur le Ministre de la Défense s’en chargera. Après tout, n’en déplaise à vos réflexes de policier syndiqué, ses hommes respectent le devoir de réserve. Il ne s’embarrassera pas de conventions morales pour assurer la survie de la République, car c’est de cela qu’il s’agit, Wells !
— Nous sommes au moins d’accord sur ce point. Je ferai comme vous le souhaitez, Monsieur le premier Ministre. Maintenant, permettez-moi de disposer, enchaîna l’homme, son visage hâlé fermé et ses yeux bleus pleins de fureur, avant de tourner les talons et quitter la pièce en claquant la porte.
 
[1] Direction Générale de la Sécurité Intérieure : service de renseignement du ministère de l’intérieur français.
 
Text Copyright © 2016 Aurélien GRALL
 
Tous droits réservés
 
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