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Le trône de cendre : Extrait n°5





Marseille, France, 21 heures GMT, 22 heures (heure locale)
 Au milieu d’une ambiance de foire, un homme se faufile, les mains dans les poches de son massif blouson noir. Se cognant contre les personnes sur son passage, il semble errer sans but. Sa trajectoire le porte toutefois immanquablement vers la scène installée à quelques dizaines de mètres face à lui. Il marque alors un temps d’arrêt et laisse briller la sueur de son crâne dégarni, au teint bronzé, à la faible lumière présente. Devant les yeux exorbités de l’homme, la scène s’anime à cet instant. Un premier orateur entonne un discours tandis que celui-ci exerce une légère pression sur le tissu de son manteau. « … Trêve de bavardage, Mesdames et Messieurs, il est temps d’accueillir dans notre bonne ville de Marseille, celui que vous attendez tous, Adrien Gradlon ! »
Dans un brouhaha de sifflets, de cris et d’applaudissement, Adrien gravit les quelques marches de la scène et se plaça face au public. « Cité phocéenne, vous êtes le visage du monde de demain, notre monde, celui qu’ensemble nous allons construire ! Je suis venu de loin pour vous porter ce message : qui que vous soyez, riche ou misérable, jeune ou vieux, homme ou femme, dans la santé ou dans la maladie, justice vous sera faite ! »
Sous les vivats submergeant la salle, l’individu sortit une arme de poing et mit en joue Adrien. Il appuya alors d’une main tremblante une fois ; deux fois ; trois fois et une terrible détonation déchira l’enthousiasme pour laisser place à la terreur !


Sous les vivats submergeant la salle, l’individu sortit une arme de poing et mit en joue Adrien. Il appuya alors d’une main tremblante une fois ; deux fois ; trois fois et une terrible détonation déchira l’enthousiasme pour laisser place à la terreur !

Le héros s’écroula, plein du sang du sacrifié. Au même moment, le public se fendit telle la mer rouge devant Moïse et quelques agents de sécurité se ruèrent sur l’assassin. Celui-ci ne leur laissa pas cette chance et se tira une balle en pleine tête, son corps s’effondrant dans une mare d’hémoglobine.

Avant de perdre connaissance, la trop jeune victime eut le malheur d’avoir le temps de penser. Ainsi, la flamme de l’espoir était douchée, encore plus vite qu’elle ne fut rallumée. Il aurait pu faire tant de choses dans sa vie. Epouser sa si chère Olympe, fonder une famille à ses côtés, tous ces desseins disparaissaient, comme chiffonnés avant de rejoindre la corbeille à papier. Mourir avant d’avoir vu ses vingt-trois ans, ça n’était en rien l’ordre des choses. Et pourtant, il se trouvait allongé là, la vision floue et une étrange sensation de froid coulant dans ses veines, dont le contenu se déversaient d’ailleurs sur le sol. Et ils étaient loin les cris d’enthousiasme, la vanité de ce torrent populaire le portant bien au-delà de sa misérable condition humaine. Alors, les hurlements d’effroi furent noyés par un étrange silence, ponctués par de plus en plus lointains battements de cœur...




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